Ali Chahrour
Fatmeh(Danse)

Mercredi 13 à 22h00

En partenariat avec le Festival d’Avignon
(Représentations au Festival d’Avignon les 16, 17 et 18 juillet au Cloître des Célestins à 22h)

Avec : Rania Al Rafei, Yumna Marwan
Chorégraphie Ali Chahrour
Scénographie Nathalie Harb
Musique Sary Moussa
Lumière Guillaume Tesson
Costumes Bird on a Wire
Assistante à la mise en scène Haera Slim
Conseillers artistiques Abdallah Al Kafri and Junaid Sarieddine
Production Ali Chahrour
En collaboration avec Zoukak Theater company Coproduction La Ressource culturelle (Al Mawred Al Thaqafy), AFAC Arab Fund for Arts and Culture Avec le soutien du Houna Center

 

Fatmeh, Fatima en français. Le prénom de la fille du prophète Mahomet, inconsolable à la mort de son père. Mais aussi celui de la diva égyptienne Oum Kalsoum, dont la voix à la fois déchirante et réconfortante troue de part en part la pièce d’Ali Chahrour. Dans Fatmeh, il est en effet question de deuil, de lamentation, de l’expression publique du chagrin, de cette mélancolie constitutive des sociétés arabes et de la joie qui subsiste malgré tout. Pour convoquer sur scène ces émotions, le jeune chorégraphe libanais a choisi deux interprètes féminines non professionnelles. Deux présences spontanées pour « laisser surgir l’état sacré du corps lorsqu’il danse ». Entre gestes du quotidien et forces rituelles, acquis et inné, le mouvement explore une nouvelle voie. Dans le tourbillon de cette cérémonie réinventée, Ali Chahrour n’oublie pas le combat qu’il mène pour une danse contemporaine arabe. Un art qui, tout en affirmant son héritage culturel, interroge l’environnement dans lequel il se développe. Tantôt voilés, tantôt dévoilés, les corps d’Yumna Marwan et Rania Rafei questionnent ainsi le visible et l’invisible, le permis et l’interdit. Qu’il soit religieux, social ou politique.

Copyright Jad Safar

Copyright Jad Safar

D’où est née l’idée de Fatmeh ?
L’idée de la performance s’inspire la chanteuse d’Oum Koulthoum et de ses chansons avec une panoplie de thèmes dont l’amour, la passion, le sexe, la révolution, la souffrance et les situations extrêmes d’amour envers l’homme et Dieu… Ces chansons font partie de la mémoire des citoyens arabes, en partant de la recherche sur la mélancolie et la dépression qui entourent ce genre ainsi que sa relation à la tristesse actuelle qui atteint son maximum à travers son expression physique.
Il faut noter aussi sa biographie et sa relation à la religion depuis son enfance, la manière dont elle a chanté le prophète Mohamed, père de Fatima Zahraa, qui a souffert de son départ, de sa mort, le pleurant et chantant devant sa tombe les plus beaux versets en se lamentant. Elle a pleuré jusqu’à la dissolution de son corps avant de le rejoindre peu après.

Comment s’est fait le choix des danseurs ?
Choisir deux femmes non familiarisées avec les techniques de danse visait à étudier la qualité du mouvement impulsif relié aux niveaux local et personnel. Rania et Omama possèdent un bagage social, religieux et politique condensé, relié à leur entourage et leur environnement. Elles ont accepté de participer à la recherche du mouvement, peut-être pour les mêmes questions qui nous rassemblent autour du corps et sa relation avec la société car elles sont des artistes travaillant à Beyrouth. Nous avons aussi suivi des conseils de l’artiste Joseph Kai qui a discuté des personnages de la performance à travers le dessin. Il exposera ses œuvres au théâtre al-Madina avant la performance.

Comment avez-vous choisi la musique ?
Nous avons commencé à choisir plusieurs chansons d’Oum Koulthoum, pour ensuite nous restreindre à deux. Le reste a été inclus dans l’esprit des scènes et leurs composantes. Nous avons ensuite discuté avec le compositeur Sari Moussa d’un déplacement entre le cérémonial religieux et le nettoyage du corps pour relever l’état sacré du corps quand il danse.

Autour de quel thème cette performance porte-t-elle ?
Elle tourne autour de la mélancolie telle que comprise par les arabes et le problème du corps dans le cadre de la croyance religieuse entre le dévoilé et le voilé, entre ce qui est permis et ce qui est interdit, surtout dans la situation de lamentation qui est devenue partie intégrante de la vie citoyenne arabe.

Prochains projets ?
Tout d’abord, j’ai hâte de finaliser mon mastère. Dans la prochaine performance à la fin de l’année, j’irai plus profondément dans le mouvement physique impulsif où je travaillerai avec un groupe non théâtral issu de différentes cultures et vivant dans la banlieue de Beyrouth, pour découvrir ensemble leur langage spécifique du corps ainsi que leur langage artistique. Je me baserai sur leur bagage en chanson, en danse et en narration dans la construction de l’aspect dramatique et le sens du spectacle.

Propos recueillis par Grace Barmaki