Gênes 01
juillet 2008Auteur : Fausto Paravidino
Traduction : Philippe Di MeoMise en scène et scénographie : Victor Gauthier-Martin
Dramaturgie : Youness Anzane
Vidéo : Quentin Descourtis associé à Julien Delmotte
Costumes : Isabelle Flosi
Musique originale : Dayan Korolic
Lumières et direction technique : Pierre Leblanc
Chorégraphie : Marion Lévy
Production : Juliette Roels
Construction des décors : Théâtre National de la CollineAvec sur scène :
Alban Aumard, Clémence Barbier, Marie Dablanc, Régis Royer, Pascale Oudot et Dayan Korolic (musicien), Gaëtan Besnard (régie vidéo)Spectacle créé à la Comédie de Reims le 11 octobre 2007Coproduction : microsystème ; La Comédie de Reims, Centre Dramatique National ; Le Théâtre National de la Colline ; Le Forum – Scène conventionnée de Blanc Mesnil, Arcadi (Action régionale pour la création artistique et la diffusion en Île-de-France) avec le soutien de la direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France - ministère de la culture et de la communication, du DICREAM - ministère de la Culture et de la Communication
L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté.
Le 16 juillet 2008 à 22h00 (sur réservation au 06 73 76 03 57 à partir du 8 juillet)
Fausto Paravidino écrit le 17 décembre 2002, cette note qu’il met en introduction au texte de « Gênes 01 » :
« Le spectacle tiré de ce texte a toujours cherché le plus possible à être un témoignage du passé récent et une réflexion sur le présent. Cette tension s’est manifestée à travers de multiples réécritures et mises en scène dans l’attente d’une version « définitive »de la tragédie en question.
Ayant accepté avec la modestie nécessaire l’idée que la version définitive de cette tragédie sera peut-être écrite par les enfants de nos enfants, nous avons choisi de présenter ici non une version présumée définitive, mais une sélection de matériaux sur lesquelles nous sommes actuellement en train de travailler, espérant que ces mêmes matériaux pourront un jour être utiles à ces petits-enfants dans lesquels nous remettons nos plus vifs espoirs et auxquels nous demandons – pour l’heure –pardon. »
Une communauté en état de choc
Gênes 01 est le récit de la violente répression policière qui s’est abattue sur les manifestants alter mondialistes lors du sommet du G8 à Gênes, en juillet 2001. Le texte ressemble à un rapport fidèle des événements. Il nous plonge dans une enquête avec un mort (Carlo Giuliani, 23 ans), des centaines de blessés et des responsables. Une bande citoyenne de résistants, figures proches des acteurs dans l’envie de s’engager, cherche à comprendre, fouille l’histoire.
Dans cette polyphonie sociale, sur fond de guérilla urbaine, manipulation de masse, contestation et mafia politique, la notion de communauté se développe comme un chœur contemporain. Les idées individuelles fabriquent la pensée collective. Il y a aussi cette ironie, et cette colère face à la fatalité et à l’égoïsme ambiant, et ce sentiment d’appartenir au groupe, des combats menés ensemble, les mêmes méthodes, une génération.
Le jour s’était alors levé trois fois sur Gênes. La pièce est structurée autour de ces journées, les trois épisodes d’un intense poème politique : Fausto Paravidino a cherché à rester au plus près « d’un témoignage du passé récent et d’une réflexion sur le présent ». La parole est ici prise depuis un irrésistible désir de transmettre. Pour savoir, pour mémoire. Ni conférence, ni manifeste, ni procès, mais une volonté de penser l’histoire, la panser ensemble.

J’imagine pour Gênes 01 un chœur citoyen qui ne craint ni les questions douloureuses, ni le chaos sans réponse qui fait suite. Dans l’éternel recommencement des erreurs humaines se glisse la tristesse de toute litanie. Notre responsabilité individuelle est de ne pas laisser filer l’Histoire comme un fait divers, mais d’être nous-mêmes les passeurs de notre Histoire. Le citoyen acteur fait partie de la chaîne du temps. Il incarne l’Histoire et devient notre témoin.
Le spectateur aussi doit avoir ce sentiment d’être le témoin, comme à l’origine de la tragédie, de la fragilité des destins et des combats. Gênes 01 est un vivier de questions sur l’injustice et un hommage funèbre à la démocratie d’aujourd’hui.
Victor Gauthier-Martin

Notes d’intention
« Machination »
« Gênes 01 » est une polyphonie sociale sur fond de guérilla urbaine, de manipulation de masse, d'inégalités, de contestation et de mafia politique. La notion de communauté s'y développe comme un chœur contemporain où les idées individuelles fabriquent la pensée collective. La pièce est structurée en journées et chaque journée est le chant d'un court et intense poème politique. Les prises de paroles sont distribuées sous forme de tirets. Il n'y a pas de personnages à proprement parler. La diversité des niveaux de langage et des points de vue, associée à une écriture toute en ruptures, enrichit le récit, tour à tour journalistique, politique, ironique, tragique. Je souhaite faire un travail à partir des ramifications qu'offre le texte et dessiner des parcours, des trajectoires pour chaque acteur au sein d'une masse d'informations et de personnalités. La place de l'acteur sur scène devient celle de la pensée individuelle inscrite dans le chœur, la foule.
L’espace du jeu fait aussi bien référence à une base logistique, à l’image de celles mises en place lors de manifestations - zone de repos pour les populations, lieu de transfert et centre de traitement des informations, qu’aux bureaux d’une rédaction de journal. C’est à la fois un lieu de travail et de transit.
Au cours de la représentation, l’espace se remplit d’objets usuels, livres, ordinateurs, sacs de couchage, nécessaire de survie. Le son et la vidéo occupent le plateau.

Dispositif dédié au travail, donc, au jeu, aux réflexions. Des praticables sont disposés à jardin et à cour pour centrer l’espace et permettre des prises de parole depuis des hauteurs différentes, sur les côtés, ou des sphères d’isolement.
Une composition concrète se met en place, sorte d’installation vivante, un désordre en construction. Suivant la structure de « Gênes 01 », le chaos est là, présent dès le départ, renforcé par les premières interventions, la lisibilité n’apparaissant qu’au fur et à mesure, par un effet de mise en perspective.
Une ambiance de huis clos stagne, personne n’échappe à l’action de travailler, de réfléchir, d’interagir au sein de ce bouillonnement, de cette concentration mutuelle. Je souhaite dans cette voie trouver des moments de détente après la tempête et d’épuisement au milieu de la tragédie. J’aime tout particulièrement cette folie permissive qui jaillit de la concentration intellectuelle, quand tout se relâche. Et à un moment donné, vers le milieu du spectacle, fin de journée, les acteurs vont se coucher, travailleurs épuisés, mangent peut-être, boivent. Ces moments de silence et de quotidien viennent rompre le flot des paroles.
J’aimerais raconter cette tragédie contemporaine avec le recul nécessaire, celui qui permettra de l’entendre sans pathos. La gravité est déjà dite, elle n’a pas à être jouée. Nous ne serons que les passeurs de cette histoire, pas ses victimes, ni ses héros illusoires.
Victor Gauthier-Martin, octobre 2006
La vie est pleine de petites histoires !


En 2006, Nicolas Bonneau, auteur et conteur, a amorcé un collectage de paroles d’ouvriers dans la région Poitou-Charentes et plus particulièrement en Deux-Sèvres, dans un contexte rural.